Terroirs adéquatsLe terroir est l'ensemble des conditions naturelles -climatiques, pédologiques, géologiques- qui constituent l'environnement de fait d'un vignoble. Il s'agit de données de la nature, sur lesquelles l'homme ne peut exercer qu'une influence limitée :
C'est en tous cas la théorie : dans la pratique, des dérogations peuvent être obtenues (avec l'autorisation des Impôts, le critère essentiel étant l'amélioration de la qualité du vin), mais il n'en reste pas moins que la liberté de planter est sévèrement restreinte. Préparation du solDans certains sites tels que les coteaux abrupts du Douro, de Banyuls, du Valais suisse, de la Moselle et du Rhin (pour n'en citer que quelques-uns), il faut commencer par aménager des terrasses, voire amener de la terre. Lorsqu'il s'agit de remplacer une vigne épuisée, il faut arracher les vieux ceps et leurs racines profondément enterrées.Dans les deux cas, il faut défoncer le sol, et éventuellement procéder à une désinfection anti-nématodes. Celle-ci peut être faite au dichloropropène, au moins 6 mois avant plantation; ou à l'aldicarbe, produit récent permettant de réduire ce délai. Pour chaque cep à planter, on aménage un trou d'environ 25 cm de côté, et on apporte une fumure de fond pour faciliter le démarrage du cep. Presque toujours organique, la fumure permettra la libération progressive de l'azote (pas de nitrate). Porte-greffe et greffonLe porte-greffe est choisi pour sa résistance au phylloxéra, ainsi qu'aux maladies et aux nématodes, et pour son adéquation au sol sur lequel il doit être planté. Selon les cas, le porte-greffe devra être résistant à la sécheresse ou au contraire à l'humidité, ou encore à une teneur saline excessive, etc.En outre, il faut assurer l'affinité entre le porte-greffe et le greffon. La production de greffons est un métier de pépiniériste; les plus grands pépiniéristes sont en Haute-Saône, et un catalogue comporte couramment 30 à 40 greffes. Lorsque les ceps ont été plantés, les travaux suivent le cycle végétatif de la vigne. Cependant, les très jeunes vignes donnent un vin trop léger, aussi la législation européenne impose-t-elle aux VQPRD (Vins de Qualité produits dans une région délimitée) d'être élaborés à partir de vignes âgées d'au moins quatre ans. La plupart des AOC françaises s'astreignent à respecter un âge minimal plus élevé, en fonction du cépage. |
Le cycle végétatif de la vigne
Au début du printemps, la sève commence à apparaître à l'extrémité des branches. Ce sont les pleurs : selon le terroir et le mode de conduite de la vigne, chaque cep va alors perdre entre un demi-litre et cinq litres de sève. Vingt à trente jours après les pleurs, selon le climat et la nature du sol, et aussi selon le cépage, on assiste à l'éclosion des bourgeons : c'est le débourrement, plus précoce pour le chardonnay, tardif pour le merlot, alors que celui du pinot noir se produit à une date intermédiaire. A la suite du débourrement, les rameaux et le feuillage se développent, puis apparaissent de petites grappes avec des boutons minuscules qui vont grossir et s'épanouir en fleurs. Les fleurs apparaissent environ 8 semaines après le débourrement et durent dix à vingt jours pendant lesquels la vigne est très vulnérable aux intempéries, surtout au gel; pour cette raison, des cépages tardifs sont parfois préférés dans les vignobles régulièrement victimes de gels printaniers. Chaque fleur fécondée devient un grain de raisin; la proportion des fleurs fécondées dépend beaucoup du cépage. Pendant environ 6 semaines, chaque grain de raisin croît en volume sans changement important de sa composition chimique, si ce n'est une légère augmentation de son acidité. En général en août, la peau du raisin change de couleur : de verte, elle devient -selon le cépage- blanc verdâtre ou dorée, ou encore rouge violacé. C'est le début de la maturation proprement dite, au cours de laquelle le grain va continuer à grossir, mais désormais en subissant de profondes transformations qui vont aller en s'accélérant jusqu'à la maturité complète : le taux d'acide tartrique augmente aux dépens de l'acide malique, puis diminue à son tour, alors que le taux de sucre continue à augmenter jusqu'à atteindre un maximum. La maturité du raisin correspond à ce maximum en sucre, et c'est le moment normal pour la vendange. La maturation dure environ sept semaines. Si on décide de retarder la vendange, on assiste alors à la dessication du raisin et, par voie de conséquence, à l'augmentation du taux de sucre. En effet, lorsque le raisin est parvenu à maturité, les échanges cessent entre lui et la plante. La peau du raisin devient perméable, et l'eau contenue dans le raisin commence à s'évaporer. C'est le passerillage sur pied, une des formes que peut prendre la surmaturation. Dans certains cas, tels que le Vin de paille du Jura, le raisin est récolté dès sa maturité, mais il n'est pas vinifié immédiatement : on laisse le raisin sécher sur un lit de paille, dans un endroit sec et aéré. Le résultat est voisin du passerillage sur pied : perte en eau, d'où élévation de la teneur relative en sucre, sans les risques inhérents à la vendange tardive, mais également sans possibilité d'obtenir la pourriture noble. Dans le cas du passerillage sur pied, par temps humide, un champignon -le botrytis cinerea- peut alors se développer et altérer le fruit : c'est la pourriture grise. Mais dans des conditions climatiques idéales -humidité pas trop prolongée, suivie d'une bonne chaleur- qui ne sont réunies que certaines années dans quelques rares vignobles, le même champignon peut provoquer l'apparition d'une moisissure cendrée, appelée pourriture noble, qui accélère la déshydratation du fruit sans altérer ses qualités gustatives. Le cycle des travaux de la vigneLe cycle annuel des travaux, parallèle au cycle végétatif, consiste en une vingtaine d'interventions, comportant des traitements de lutte contre les maladies, et d'autres visant à l'amélioration de la qualité.Parmi ces derniers, les tailles sont particulièrement décisives : trop sévères, elles empêchent le développement harmonieux de la vigne; insuffisantes, elles permettent à la vigne de produire en abondance du raisin insuffisamment mûri. Les viticulteurs assez courageux pour tailler juste et au bon moment, au risque d'une maigre récolte en cas de conditions climatiques défavorables, se voient justement récompensés -lorsque tout se passe à peu près normalement- par un jus de qualité supérieure. La vigne peut exister à l'état sauvage, mais elle ne donne du vin (enfin, du bon vin) que si sa croissance est maîtrisée. Sans taille, la vigne développe surtout sa végétation, et les raisins restent petits, "trop verts et bons pour les goujats". C'est la taille qui permet d'obtenir des raisins bien mûrs, et on peut dire -en simplifiant à peine- que la viticulture commence par la taille. Mais le type de taille est indissociable de la densité de plantation et d'un palissage éventuel : ces trois éléments combinés constituent la conduite de la vigne. |
Conduite de la vigneLorsque l'on visite plusieurs vignobles, on est toujours surpris par la diversité de leur aspect : taille haute ou basse, densité de plantation, techniques de palissage, et surtout les multiples formes que les ceps taillés peuvent prendre, contribuent à cette diversité.La conduite de la vigne doit en effet être adaptée au cépage et à certains éléments du terroir. Ainsi, une taille basse, en gobelet, s'impose généralement dans les régions soumises à la sécheresse ou à des vents violents. Sur des sols humides pâtissant d'un climat froid, une taille haute, au contraire, permettra de réduire le risque de pourriture. La taille haute s'avère également préférable dans les vignobles sujets à des gelées printanières. La mécanisation du travail de la vigne, requérant le passage d'engins, n'a été rendue possible que par l'espacement des règes (rangs de vigne). Cet espacement se traduit par une diminution de la densité de plantation, donc par une moindre production. Pour compenser cette diminution, les viticulteurs ont adopté une taille plus haute, exigeant davantage de chaque cep. La conséquence en est que chaque cep a davantage de raisins à nourrir; sa capacité alimentaire étant limitée, il fournit moins de substance à chaque raisin, et le vin qui en résulte est plus dilué. Exemples de modes de conduite de la vigne :
certains cépages -par exemple syrah, gamay, mourvèdre, grenache- ne sont pas palissés; Plusieurs opérations de taille sont effectuées au cours du cycle annuel. La taille de formation (ou taille d'hiver) consiste à réduire
le nombre d'yeux, pour ne garder que ceux souhaités pour la pousse
l'année suivante, et donner au pied de vigne sa forme générale,
principalement selon que l'on palisse ou non. Diverses tailles pratiquées à différents moments en cours de végétation permettent de maintenir la forme générale du cep et de contrôler la quantité de raisin :
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Travail du solAutrefois, plusieurs travaux pénibles devaient être accomplis chaque année : butage, débutage, décavaillonnage. De nos jours, le viticulteur s'épargne bien du travail en pratiquant le désherbage chimique.Le désherbage préventif, dit "de pré-levée", est fait à l'aide de produits à base d'aminotriazole et thi-ocyanate d'ammonium. Selon la nature des herbes à éradiquer, ces produits, et d'autres à base de glyphosate, de glufosinate, ou de parquat et diquat, permettent un traitement curatif. La plupart des sols nécessitent divers amendements. Exemples parmi d'autres :
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Les ennemis de la vigneLes ennemis de la vigne, parfois de véritables fléaux, sont nombreux et de diverses natures :
Moins spectaculaires, plus sournois et dangereux, de nombreux parasites aux manifestations diverses :
On a essayé à peu près tout, y compris de noyer la vigne; le phylloxéra résiste à tout, même aux produits systémiques (lesquels se propagent par la sève dans tout le végétal). Seule solution : protéger les racines pour empêcher la deuxième génération; et pour cela, utiliser les Vitis américains en porte-greffe. Les accidents climatiques incluent parfois le vent excessif et la foudre, mais le plus souvent il s'agit de :
Les vignes de plaines et des bas de pentes sont frappées plus fréquemment que celles des coteaux, et certains cépages vinifères sont plus résistants que d'autres. Mais tout le monde ne peut pas occuper des sites épargnés par le gel, et la résistance au gel ne saurait être le seul critère déterminant le choix des cépages. Dans la pratique, la lutte engagée contre les gelées printanières, à l'époque où la vigne est plus vulnérable, prend deux formes : l'aspersion d'eau, ou les chaufferettes.
Le mildiou est dû au plasmopora, champignon qui épargne le Vitis labrusca mais éprouve pour le Vitis vinifera une attirance répréhensible d'autant plus forte que le temps est plus chaud et humide. Il se manifeste tout d'abord par une tâche huileuse au recto des feuilles; quelques jours plus tard, des fructifications apparaissent. Avant la floraison, il y a destruction partielle ou totale des inflorescences. Entre la préfloraison et la nouaison, un feutrage blanchâtre couvre les baies (rot gris). Après la fermeture de la grappe, des tâches brunâtres se forment sur les baies (rot brun). Tôt en saison, les rameaux peuvent subir des dégâts allant jusqu'à des crevasses. Le mildiou perdure dans les feuilles mortes. Idéalement, on évite le mildiou grâce à un bon drainage du sol, à des techniques viticoles adéquates (épamprage précoce, ébourgeonnage, limitation de la vigueur excessive des souches), et au traitement immédiat des foyers primaires. Le traitement préventif du mildiou est longtemps passé par les incontournables sels de cuivre : cela peut aller de la bouillie bordelaise à des produits de synthèse non nocifs, à base de dithiocarbamate, ou encore par des produits systémiques, effectifs 12 à 14 jours. Après la pluie (48 heures maximum), on procède à un traitement curatif par un produit à base de cymoxanil, qui pénètre les feuilles. Produit récent prometteur : une toxine de synthèse produite à partir d'une moisissure ennemie du mildiou L'oïdium, ou "blanc", ou encore sous son nom savant, l'insinula
secator, est un autre champignon venu d'Amérique, qui se manifeste
à des températures supérieures à 25°C.
Un seul cep atteint suffit à communiquer au vin de toute une parcelle
mauvaise odeur et goût désagréable de champignon.
L'eutypiose : cette maladie endémique est dûe à
un champignon qui pénètre dans la souche par les plaies
créées par la taille. Cette liste de calamités, sans être exhaustive, suffit néanmoins à illustrer cette évidence toute simple : l'obtention d'un raisin sain et mûr n'est pas un événement fortuit, mais le résultat d'une attention sans faille et de soins constants de la part du viticulteur. Encore ne s'agit-il là que des fléaux qui affectent la vigne; lorsque nous saurons tout ce qui peut arriver au moût pendant la fermentation, puis au vin pendant son élevage ou au cours de sa conservation, nous devrons en convenir : le bon vin tient du prodige ! |
Culture chimique ou biologique ?En ce qui concerne les traitements des maladies, les partisans de la culture biologique estiment qu'il vaut mieux réduire la sensibilité de la vigne par des moyens prophylactiques. Un plan de lutte chimique met couramment en oeuvre une dizaine de produits : fongicides, insecticides, acaricides, ovicides, larvicides. Les produits systémiques sont véhiculés par la sève et se retrouvent dans le raisin, donc dans le vin. En outre, les traitements chimiques fragilisent la vigne d'année en année, et la vigne demande une protection sans cesse accrue : un cercle vicieux.Des reproches similaires sont adressés à l'emploi des engrais.
En ce qui concerne la non-culture, joli terme inventé pour désigner
le désherbage chimique, ses partisans ont trouvé de solides
arguments. Le sol désherbé chimiquement durcit, ce qui est
un avantage pour le passage de la machine à vendanger (il faut
avouer que l'un et l'autre procurent de substantielles économies
de main d'oeuvre). Dans certains sites très gélifs, comme
Chablis, le durcissement de la terre procure un autre avantage : la terre
durcie accumule mieux la chaleur, qu'elle restitue ensuite pendant la
nuit. Le durcissement se justifie également sur les fortes pentes,
comme à Banyuls, pour réduire le ravinement lors des pluies
torrentielles. Enfin, dans les vieilles vignes, la charrue risque d'endommager
les ceps. Alors, culture chimique ou culture biologique ? Ni l'une ni l'autre, répondent des viticulteurs de plus en plus
nombreux. La solution est à rechercher dans la viticulture raisonnée. La vendangeLa qualité du raisin qui arrive à la cuverie est le principal facteur de qualité potentielle du vin, et revêt deux aspects :
Date de la vendangeLe viticulteur, comme on l'a déjà vu, vit en permanence dans la crainte de nombreux fléaux, parmi lesquels les accidents climatiques viennent en bonne place. Parmi les divers comportements que cette crainte suscite, on observe la propension à vendanger précocement -avant les pluies qui sévissent en général au début de l'automne- des raisins insuffisamment mûris.En France, afin de lutter contre cette tendance naturelle mais préjudiciable à la qualité du vin, un arrêté préfectoral fixe -par département- la date de début des vendanges, en fonction du cépage et/ou du type de vin. Les critères présidant au choix de cette date sont :
Vendange tardiveSi la vendange ne peut pas avoir lieu avant la date autorisée, en revanche rien n'interdit au vigneron de la retarder. La pratique d'une vendange tardive ne se justifie cependant que lorsque l'on veut élaborer un blanc moelleux ou liquoreux.En effet, la vendange tardive vise uniquement à obtenir des raisins surmûris, dont la teneur en sucre est élevée par suite de l'évaporation de l'eau. A ce sujet, plusieurs remarques s'imposent :
Vendange mécanique ou manuelle ?Longtemps la polémique a fait rage autour de cette simple question.La machine à vendanger présente des avantages substantiels :
La machine n'est donc pas la panacée universelle, et nous avons déjà vu les contraintes qu'elle engendre pour la conduite de la vigne, avec son corollaire d'un rendement par pied trop important. Cependant, lorsque les conditions de son emploi sont réunies, la plupart des viticulteurs qui peuvent en bénéficier n'hésitent guère... |
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